"Il [le système éducatif] contribue à l'égalité des chances. Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté."Le premier point, celui de l'égalité des chances, est déjà problématique. En effet, il ne dit pas comment l'enseignant doit se comporter pour contribuer à cela. Faut-il qu'il se consacre à chaque élève également (égalité) ? Faut-il au contraire qu'il se consacre plus aux élèves qui en ont plus besoin (équité) ? Gaudet et Lapointe (2002) définissent précisément ces deux termes : égalité signifie "distribution à chacun de la même quantité de biens" alors qu'éEquité signifie "dépassement du principe d'égalité pour compenser certaines inégalités (sociales, individuelles, etc.)". Mais la question n'est pas encore réglée. Dans quels cas l'enseignant doit être "égalitaire" ? faire preuve d'équité ? Par exemple, les aspects liés au comportement des élèves seront plus à même d'être traités d'un point de vue d'égalité que ceux concernant l'apprentissage.
De plus, comme certains auteurs l'ont noté (voir notamment Dubet, 2002 ; Dessus, 2003 ; Egan, 1997), certains des buts ci-dessus sont incompatibles, soit entre eux, soit avec l'autre but que doit remplir tout enseignant, celui d'instruire ses élèves. Par exemple, développer la personnalité de l'élève est incompatible avec l'idée de l'insérer dans sa future vie sociale (voir analyse des pratiques, ex. 1 pour une réflexion sur les autres contradictions).
Dubet (2002, p. 93 et sq.), dans son analyse
du
métier d'enseignant (du primaire et du secondaire), montre que
le
système éducatif a longtemps ignoré l'enfant
(à
éduquer) au profit de l'élève (à
instruire).
Les psychologues du début du 20e siècle ont
été
les premiers à prendre en compte l'enfant, derrière
l'élève
difficile ou agité. Plus récemment (et surtout depuis la
Loi d'orientation ci-dessus), arrive l'enfant aux côtés de
l'élève, et complique le travail de l'enseignant, car,
toujours
d'après Dubet, un enfant qui souffre devient un
élève
en difficulté, et vice versa.
1. Approfondissons ici les autres contradictions présentées ci-dessus (Dubet & Egan). Le but de socialisation (inculquer des normes, croyances, contraintes sociales) peut être incompatible avec celui de faire acquérir à l'élève des connaissances rationnelles, scientifiques, sur des contenus. De même, laisser chaque élève se développer selon ses propres aspirations (le développement prime les connaissances) peut être contradictoire avec celui de lui inculquer des connaissances rationnelles (les connaissances priment le développement).
2. Q-sort sur les conceptions de
l'éducation.
Répartir les 32 propositions suivantes en 5 classes, en
respectant
le nombre d'items par classe. (De Peretti, 1985, pp. 539 et sq.)
les deux conceptions mises
en tête ; les huit conceptions auxquelles on a parfois
recours
; les douze conceptions considérées comme neutres
; les huit conceptions auxquelles il n'est fait que rarement
recours
; les deux conceptions fondamentalement rejetées.
Eduquer, c'est...
| 1) savoir attendre. | 2) inculquer le sens du devoir. | 3) permettre aux possibilités d'une personne de se révéler. | 4) laisser faire. | 5) apporter les conditionnements qui faciliteront l'apprentissage des bonnes habitudes. |
| 6) donner l'exemple. | 7) communiquer en profondeur avec un jeune pour l'aider à communiquer avec lui-même. | 8) savoir se taire. | 9) instruire. | 10) dresser. |
| 11) révéler les valeurs essentielles. | 12) entraîner les jeunes à obéir. | 13) accompagner les démarches tâtonnantes des jeunes pour qu'ils prennent davantage de hardiesse et de sécurité. | 14) présenter les modèles de comportements fondamentaux. | 15) apporter les contraintes immédiates qui réfrènent les instincts et les pulsions anarchiques. |
| 16) provoquer inlassablement. | 17) aider progressivement un jeune à affronter son angoisse et à s'ouvrir aux autres. | 18) savoir bousculer. | 19) faire confiance. | 20) s'éduquer. |
| 21) inculquer des règles de vie | 22) favoriser l'apprentissage d'une méthode personnelle. | 23) pousser chaque jeune à réfléchir par lui-même. | 24) conseiller sans contraindre | 25) Rendre conforme à la Société. |
| 26) accepter en tant qu'adulte de discuter avec les jeunes. | 27) protéger les jeunes contre leurs propres défaillances. | 28) répondre à l'attente des jeunes. | 29) s'ajuster avec souplesse à l'attente des jeunes. | 30) aider les jeunes à s'insérer progressivement dans la société des adultes. |
| 31) entraîner à des méthodes éprouvées. | 32) démystifier les anxiétés des jeunes. |
3. Reprendre les différentes conceptions ci-dessus et les classer selon qu'elles s'adressent à l'enfant ou à l'élève. Ajouter à la liste trois des vôtres propres.
4. Compléter la liste des dilemmes
ci-dessous,
concernant le métier d'enseignant (Pollard et Tann, 1994, p. 6)
:
| Traiter chaque enfant comme une personne à part entière. | Traiter chaque enfant comme un élève. |
| Donner à chaque élève un certain contrôle de son temps, son activité et son évaluation. | Garder un certain contrôle sur le temps, l'activité et l'évaluation des élèves. |
| Répartir équitablement son temps, attention et ressources pour tous ses élèves. | Avoir une attention particulière envers les élèves en difficulté. |
5. Les valeurs de l'éducation. On peut
détailler
dix positions d'enseignants à propos des valeurs
éducatives.
Les voici résumées par Muller (citant Valentin, 2000 ;
voir aussi Valentin, 1997). L'exercice
est également de Muller.
| Les positions |
Ce qui empêche
d'évoluer |
| Le paradis perdu : "C'était bien mieux autrefois !". | L'enseignant d'autrefois
est le seul valable |
| Le matérialisme : "On n'a pas les moyens !". | Revendiquer des moyens
matériels avant d'avoir réfléchi à leur
mise en oeuvre et à la possibilité de faire autrement. |
| Le libéralisme : "Chacun fait comme il veut !" | Il suffit que l'enfant
(un collègue) fasse ce qu'il veut pour qu'il apprenne
(réussisse). |
| La défensive : "Méfions-nous, on cherche à nous nuire !" | Chercher les
inconvénients dans toute solution nouvelle, par nature
gênante. |
| La résignation : "A quoi bon !" | Considérer que ce qui arrive est une fatalité. |
| L'enfant-roi : "Les enfants ont toujours raison !". | Il suffit que l'enfant
suive ses penchants pour qu'il apprenne. |
| Défaitisme : "J'ai tout essayé, on ne peut rien faire." | Prédire
l'échec de toute tentative, avant qu'elle ait
démarré. |
| Légalisme : "Ce n'est pas dans les textes." | Se réfugier
derrière les textes pour ne rien changer. |
| Changement à tout prix : "Tout cela ne vaut rien, il faut changer !" | Vouloir changer sans en
avoir évalué l'intérêt et les
conséquences. |
| Réconciliation affective : "L'essentiel, c'est qu'on s'entende bien". | Il suffit que les
enseignants s'entendent bien pour que les élèves
apprennent et réussissent. |
Lisez ces différents "mondes", et repérez votre ou vos modes de justification habituel(s). Repérez également ces mondes dans des situations scolaires précises, en montrant qu'elles peuvent être cause de blocage, d'immobilisme. Montrez enfin comment faire évoluer ces situations de manière constructive.
6. Pour une situation donnée, analysez-la selon trois points de vue différents. Vous-même en tant qu'enseignant. En vous mettant à la place d'un collègue. Vous-même en tant qu'élève. Repérez les éventuels décalages liés aux valeurs et buts éducatifs.