Quelques principes favorisent le respect de la discipline par les élèves : être sensible à ce qui se passe dans la classe, gérer un rythme de travail adéquat, intervenir discrètement, utiliser l'humour, faire preuve de tolérance, respecter les élèves et intervenir en fonction des causes du comportement perturbateur . Détaillons-les (Ce qui suit est tiré d'Archambault & Chouinard, 1996).
-- Être sensible à ce qui se passe dans
la classe. L'enseignant doit essayer d'être conscient de tout
ce qui se passe dans sa classe et de le montrer aux élèves.
Il supervise constamment le fonctionnement de sa classe, " il a des yeux
tout autour de la tête ", il peut faire face à des événements
inattendus. Trois caractéristiques de la classe sont à superviser
: -- le groupe des élèves dans son ensemble, bien qu'il doive
porter une attention particulière sur certains élèves
; -- les comportements des élèves, notamment des comportements
hors des limites accordées ; -- le rythme de l'activité (voir
plus bas). Même si, réellement, on ne peut jamais être
capable de tout superviser, l'enseignant doit montrer aux élèves
que le moins possible de choses lui échappe, cela incitera les élèves
à respecter les règles de discipline. Voici quelques comportements-types
qui favoriseront ce comportement (encadré ci-dessous).
Encadré 1 -- Quelques comportements d'enseignant
favorisant la supervision d'une classe (Archambault & Chouinard, 1996,
p. 36)
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-- Gérer un rythme de travail adéquat. L'enseignant doit faire en sorte que les différents événements de sa classe se succèdent " en douceur ", de façon continue et selon une logique claire. Il doit éviter les hésitations et les délais entre les différentes activités. Une des caractéristiques les plus difficiles à appréhender, notamment pour les enseignants débutants, est le fait que différents événements se produisent en même temps (chevauchement) : par exemple, aider un élève qui tente de résoudre un problème, jeter un coup d'oeil sur un groupe, intervenir pour qu'un élève cesse de déranger les autres, vérifier la durée d'une activité, etc. La seule manière de gérer efficacement ces chevauchements est de bien préparer ces différentes activités.
-- Intervenir discrètement. Les événements qui se produisent dans une classe ont un caractère public. Toutefois, les interventions d'un enseignants pour faire respecter les règles de discipline sont d'autant plus efficaces qu'elles se passent en privé : une remarque publique risque d'interrompre l'activité des autres élèves, de plus, un élève réprimandé devant ses pairs, comme il focalise leur attention, se sentira valorisé et son comportement inapproprié sera de fait renforcé. Enfin, une réprimande publique peut dévaloriser l'élève devant ses pairs, surtout si l'enseignant emploie le sarcasme afin de rappeler l'élève à l'ordre. Pour toutes ces raisons, il est préférable, dans la mesure du possible, de n'intervenir qu'auprès de l'élève qui pose un problème.
-- Utiliser l'humour. Les enseignants qui utilisent l'humour sont appréciés de leurs élèves. Il crée une atmosphère détendue, propice à l'apprentissage, et ne prendra pas au tragique les éventuels problèmes qui se poseront. Toutefois, il faut distinguer l'humour du sarcasme ou de la moquerie dirigée vers des élèves en particulier.
-- Faire preuve de tolérance. Dans une classe, la plupart des problèmes qui se posent quotidiennement sont en général mineurs et ne portent pas à conséquence (faire du bruit, chuchoter, se déplacer, bouger, rire, etc.). Il est difficile pour un élève de rester attentif une journée entière, sans bouger. Ces petits écarts ne sont des inconvénients que dans les classes où le moindre écart est sanctionné par une punition ou une réprimande. Cette attitude de l'enseignant incite les élèves à le défier, à le pousser vers ses limites. L'enseignant a avantage à faire preuve de tolérance, sans bien sûr laisser tout passer.
-- Respecter les élèves. Le rôle de l'enseignant, outre de favoriser l'apprentissage des élèves, est de leur manifester son soutien, et ce avec respect. Respecter l'élève, c'est lui montrer qu'on l'accepte, quoi qu'il fasse. C'est lui faire sentir qu'on lui accorde de la valeur, comme personne, même si on lui demande de changer de comportement. C'est lui faire comprendre que l'on a confiance en lui et en son aptitude à apprendre.
-- Intervenir en fonction des causes du comportement perturbateur. Comme l'enseignant doit réagir rapidement aux perturbations dans sa classe, il lui est souvent difficile d'en découvrir les causes véritables. C'est pourtant ce qu'il essaiera de faire, car une perturbation ne sont pas toujours intentionnelles, mais découlent parfois d'une mécompréhension de la situation d'apprentissage. Ainsi, l'enseignant devra tenter de détecter la cause du comportement, plutôt que de le faire cesser directement.
Tableau I -- Guide d'intervention face à un comportement perturbateur (d'après Archambault & Chouinard, 1996, p. 41)
Questions à se poser Intervention 1. L'élève est-il informé de mes Préciser ou préciser de nouveau ses attentes à son endroit ? attentes en faisant référence à la règle ou à la procédure en cause 2. L'élève comprend-il bien ce que Donner des exemples et des signifient mes attentes ? contre-exemples reliés à la règle ou à la procédure en cause. Présenter à l'élève un modèle de comportement adapté à la régle ou à la procédure en cause. 3. L'élève possède-t-il les Montrer à l'élève des stratégies stratégies nécessaires pour se pertinentes quant à la règle ou à la conformer à mes attentes ? procédure en cause. 4. L'élève perçoit-il la Expliquer à l'élève l'utilité pour lui pertinence des activités de s'engager dans les activités d'apprentissage et le défi d'apprentissage ou le rassurer quant à réaliste qu'elles représentent ? sa capacité à les réaliser. 5. L'élève fait-il preuve de Imposer à l'élève les comportements mauvaise volonté ? adaptés à la règle ou à la procédure en cause.
Tableau II -- Moyen d'intervention visant le respect des règles (Archambault & Chouinard, 1996, p. 43)
Moyens d'intervention Description Les indices non verbaux L'enseignant communique sa désaprobation non verbalement. Le rappel verbal En privé, si possible, l'enseignant précise ses attentes à l'élève La répétition du rappel L'enseignant précise ses attentes de manière répétée jusqu'à ce que l'élève s'y conforme. Il évite de discuter avec l'élève. L'intérêt pour les L'enseignant accorde de l'attention aux comportements adaptés et la comportements adaptés et ignore les distribution sélective de comportements inadaptés. l'attention Le façonnement L'enseignant augmente graduellement ses attentes envers l'élève au fur et à mesure que celui-ci assimile les comportements qu'il attend de lui. Le retrait de la situation L'enseignant retire l'élève fautif de l'activité en cours et limite temporairement ses interactions sociales en classe.-- Les indices non verbaux. Un signe de la tête, du doigt ou de la main, une expression du visage, un contact visuel, permettent généralement de faire comprendre à l'élève que l'enseignant l'a vu et qu'il lui demande de mettre fin à son comportement perturbateur. L'avantage de ces signes est qu'ils permettent de ne pas briser le rythme de l'activité dans laquelle les autres élèves sont engagés.
-- Le rappel verbal. Lorsque les indices non verbaux ne fonctionnent pas, l'enseignant peut rappeler verbalement à l'élève le comportement à adopter. Il le fait, dans la mesure du possible, discrètement, à l'élève fautif seul. L'enseignant devra également vérifier les causes du comportement perturbateur, en s'assurant que l'élève a compris ce qu'il a à faire, comment et pourquoi il doit le faire. Il doit aussi vérifier que l'élève accorde une valeur à l'activité demandée (voir partie sur la motivation). La remarque de l'enseignant doit être faite non pas à propos de la personne de l'élève, mais à propos de son comportement (dire : " Cesse de parler à ton voisin et continue à écrire. Si tu as besoin d'aide, fais-moi signe. " plutôt que " C'est bien toi ça, jamais capable de te mettre au travail quand je te le demande. "
-- La répétition du rappel (ou la technique du disque brisé). Il peut arriver que l'élève mette à l'épreuve la détermination de l'enseignant à faire cesser un comportement dérangeant. L'élève peut avoir compris la consigne, être capable de réaliser l'activité demandée, mais refuser de l'exécuter pour défier l'enseignant. Ce dernier peut simplement répéter sa demande plusieurs fois. Cela montre à l'élève que l'enseignant insiste pour qu'il se conforme à la demande. L'élève peut se mettre à discuter avec l'enseignant, mais ce dernier devra refuser de s'engager dans la discussion et répéter la demande. L'élève comprend dans ce cas que l'enseignant est sérieur et qu'il entend rétablir l'ordre. Voici un exemple d'une telle interaction :
-- Le renforcement des comportements incompatibles. Deux comportements sont incompatibles s'ils ne peuvent être produits en même temps par la même personne (par exemple, être assis et marcher). Il s'agit pour l'enseignant de choisir un comportement incompatible à un comportement perturbateur, et de lui accorder systématiquement de l'attention. Si l'enseignant veut que les élèves cessent de courir dans la classe, il accordera de l'attention au fait qu'ils sont assis à leur place, ou bien qu'ils marchent lorsqu'ils ont à se déplacer. Un élève qui fait du chahut lors d'une transition sera responsable d'une distribution de cahiers. Ainsi, plutôt que de sanctionner des comportements négatifs, on encourage la production de comportements positifs.
-- Le façonnement. Comme il est improbable que les élèves réussissent à apprendre d'un seul coup tous les comportements positifs reliés au fonctionnement de la classe, car certains sont assez complexe, le travail de l'enseignant sera de réduire temporairement certaines de ses attentes, et de les augmenter graduellement par la suite. Cela " façonne " un comportement final en s'en approchant petit à petit. En d'autres termes, on segmentera un comportement complexe en plusieurs petites étapes. Toutefois, il faudra que l'élève garde à l'esprit la tâche dans sa globalité, car l'élève peut perdre de vue le comportement final à exécuter de nombreuses tâches simples.
-- Le retrait de la situation. Si un comportement mineur persiste malgré les interventions répétées de l'enseignant, c'est vraisemblablement parce que l'élève cherche à garder l'attention de l'enseignant ou de ses pairs. Il peut être donc nécessaire de retirer à l'élève cette attention, en le retirant de la situation, si ce retrait est de courte durée (trois minutes environ).
Même s'il est fastidieux, et très difficile, de décrire tous les types de problèmes qui peuvent survenir en classe, en voici quatre catégories, par gravité croissante, avec des exemples (encadré ci-dessous). Il importe toutefois de comprendre que ces catégories sont en partie dépendantes du milieu scolaire et social dans lequel évoluent les élèves : ainsi, dans certains milieux ou écoles, des comportements seront jugés gênants et non dans d'autres (par exemple, se lever quand on le désire, parler sans lever la main, etc.).
Tableau III -- Catégories de problèmes de comportement (Archanmbault & Chouinard, 1996, p. 154)
Catégorie de problèmes Exemples 1. Comportement Problème de courte durée qui ne dérange pas fautif qui ne pose l'enseignement, comme : Chuchoter pendant une pas de problème transition, Cesser de prêter attention durant quelques secondes, Faire une courte pause durant une activité, Rêvasser durant une courte période 2. Problème mineur Des manquements à des règles de la classe ou de l'école, peu fréquents, qui ne dérangent pas la classe et ne nuisent pas à l'apprentissage de l'élève : Quitter sa place quand ce n'est pas permis, Interpeller quelqu'un, Manger des friandises ou mâcher un chewing-gum, Lancer des objets (boulettes, gommes), Parler durant un travail individuel, Lire lorsque l'enseignant explique une activité ou faire autre chose que ce qui est demandé 3. Problème majeur Des comportements qui dérangent la classe et dont l'effet et interfèrent avec l'apprentissage, limités à un ou l'étendue sont limités quelques élèves : Ne pas terminer un travail, Faire autre chose que ce qui est demandé, Ne pas suivre les règles à propos du silence ou des déplacements dans la classe, Refuser de faire un travail, Briser des objets, Frapper un autre élève. 4. Escalade ou Tout problème mineur qui devient régulier et qui problème très étendu menace l'ordre de la classe et le climat d'apprentissage, tout comportement qui constitue un danger pour l'élève ou pour les autres. Se déplacer à volonté dans la classe, Emettre continuellement des commentaires inadéquats ou désobligeants, Continuer à parler lorsque l'enseignant demande de se calmer ou de baisser le ton, Répondre constamment à l'enseignant ou le défier Refuser souvent de coopérer.Demandons-nous maintenant pourquoi certains comportements apparaissent en classe (Archambault & Chouinard, 1996).