|
||||||||||
|
Cette thèse a pour premier objet la place et le rôle de la monnaie en Russie depuis le début de la transition amorcée à la fin des années 80. En dépit de la grande transition, l'examen de la monnaie russe des années 90 fait très rapidement apparaître la survivance de comportements économiques et monétaires hérités de la période soviétique, lesquels se combinent avec les normes et les pratiques installées par les nouvelles institutions. Ce mélange de l'ancien et du nouveau suggère alors de remonter dans le temps et d'éclairer le présent monétaire russe par le passé, dans un rapport à la fois de prolongement et de rupture. Cette thèse a donc adopté la perspective d'une macroéconomie institutionnelle et historique. L'histoire monétaire comparée de l'URSS et de la Russie des années 90 permet alors d'établir un résultat paradoxal, ou inattendu : par delà la rupture historique de la fin des années 80, la période 1917-1998 fait apparaître de fortes continuités monétaires. La première de ces continuités tient à ce que, aussi bien dans le passage au socialisme en 1917, que dans la transition vers le capitalisme, la monnaie a été à la fois objet et sujet du changement systémique. Elle en a été l'objet, car les réformes se sont attaquées à l'organisation de l'ordre monétaire. Elle en a été le sujet car, à chaque fois, la monnaie a été considérée comme le principal vecteur du changement, capable de façonner les rapports économiques conformément au système en cours d'édification. La deuxième continuité concerne les conceptions monétaires respectivement attachées à la monnaie " socialiste " et à la monnaie capitaliste. Un premier paradoxe les unit : alors que les réformateurs des deux grandes transition ont placé la monnaie au cœur de leurs préoccupations au moment d'opérer le changement de système, ils l'ont considérée ensuite, " en régime ", comme un instrument presque subalterne. Plus curieusement encore, ces doctrines monétaires, que tout devrait opposer, se rejoignent autour d'une même dénégation du rôle de la monnaie, d'une même conception " diminuée " de la monnaie, laissant sphère réelle et sphère monétaire déconnectées. La troisième continuité tient à la récurrence et la permanence dans la nature des crises de la monnaie-finance. L'une et l'autre époques, mais chacune à leur manière, témoignent d'une incapacité du système de financement à remplir correctement ses fonctions et notamment à installer de véritables relations de crédit. Pendant la décennie 90, l'étranglement du crédit aura des effets récessifs très forts et jouera un rôle décisif dans l'approfondissement de la crise économique. La pénurie de moyens de financement conduit l'Etat à intervenir et à prendre à sa charge une partie des besoins des entreprises, mais au prix du déséquilibre de ses comptes. La crise de financement de chacune des grandes périodes, même si c'est selon des modalités spécifiques à chaque fois, articule donc crise de financement privée et crise des finances publiques. Les tensions financières se totalisent en l'Etat avant d'être pour partie transmise à la Banque centrale à qui revient de les résoudre par la monétisation. Enfin, la crise financière, en ces deux périodes, se manifeste par une crise de liquidité et une crise des paiements, lesquelles poussent les agents à développer des moyens de règlements alternatifs. Cette décennie post-transition est alors marquée par l'essor des monnaies privées, et la perte d'emprise des autorités sur un espace monétaire en voie de fragmentation.
|
|
|
|