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| L'INNOVATION TECHNOLOGIQUE POUR LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET SA VALORISATION : le cas de la physique nucléaire et des particules en France Anne Branciard, Martine Gadille, Alain d'Iribarne
27
et 28 novembre 1998, Aix-en-Provence.
Dans leurs travaux réalisés en terme de Systèmes Sociaux d'Innovation, B. Amable, R.Barré et R. Boyer (1997) mettent en relation des configurations de systèmes sociaux d'innovation avec des formes de spécialisation science-technologie-industrie, et des modes de régulation spécifiques à différents pays. Principalement caractérisés selon leur nature marchande ou non marchande, ces modes de régulation, dans leur évolution, participent à la configuration de l'innovation mais n'induisent pas de façon déterminée une hiérarchie dans l'échelle des performances en terme de spécialisation. Ces modes de régulation interviennent également dans la constitution et l'évolution des sous systèmes qui peuvent composer un système d'innovation. Parmi ces sous système, celui de Science et Technique se trouve privilégié dans l'analyse des capacités d'innovation, la définition de celle-ci étant élargie aux aspect de transformations organisationnelles et institutionnelles. Pour comprendre plus précisément comment se construit l'innovation dans " un système social ", ce papier propose d'analyser à l'intérieur du sous système de Science et Technique, comment des innovations technologiques réalisées pour la production scientifique, peuvent être l'objet de valorisation dans le secteur de la production industrielle, des services ou dans d'autres secteurs scientifiques. De plus, comme à l'intérieur d'un même secteur de recherche scientifique, les processus d'innovation technologique et de valorisation de ces innovations recouvrent des configurations organisationnelles et institutionnelles différenciées, ce papier propose également de spécifier ces configurations pour saisir les conditions concrètes de réalisation de processus d'innovation diversifiés. En s'appuyant sur
le cas du secteur de la physique nucléaire et des particules on
présente les outils d'analyse ainsi que les caractéristiques
organisationnelles, et institutionnelles de ce secteur. On illustre ensuite
la diversité de processus d'innovation, sachant que l'évolution
des configurations, qui soutiennent l'innovation et sa valorisation dépendent
elles-mêmes des " capacités d'apprentissages collectifs "
des acteurs, notion restant elle même à préciser. I. Les outils d'analyse de l'innovation technologique et de sa valorisation Dans les approches théoriques de type " institutionalistes " l'innovation technologique peut être analysée sur la base de la notion de processus d'innovation, appréhendés dans leurs dimensions temporelles et spatiales, organisationnelles et institutionnelles, sociales et cognitives. Les capacités d'action des acteurs collectifs et individuels dans ces processus d''innovation sont analysées en relation avec la construction de ce que l'on appelle les espaces professionnels, qui prennent forme à partir des modalités ou processus de régulation, d'organisation et de socialisation des acteurs. Inversement ces espaces se déconstruisent et se transforment sur la base d'interaction ou d'apprentissages collectifs associés aux transformations organisationnelle, institutionnelles et socio-cognitive. La dimension organisationnelle permet de se réfère aux formes d'organisation et de conventions qui supportent la capacité d'action collective et individuelle mais qui sont également déconstruites ou transformées sur la base de cette capacité d'action. Il s'agit plus précisément dans ce cas d'analyse, de l'organisation de la recherche en équipes, en laboratoires, en réseaux, en départements et en instituts ou centre de recherches, considérés dans leurs interactions et interdépendances institutionnelles. La dimension institutionnelle permet de se réfère aux lois et aux décrets et plus largement à la contractualisation de droit qui donnent un cadre prescrit à l'organisation, ainsi qu'aux règles qui permettent de manière intangibles de structurer les interactions entre les organisations (Boyer 1996). La création de l'Institut de physique nucléaire et de physique des particules selon des règles bien précises qui le rattache au CNRS comme département relève par exemple de cette dimension institutionnelle, tout comme la création d'unité de recherche et de leur évaluation qui s'appuient à la fois sur des organisations et des institutions permettant de réguler la production scientifique. La dimension sociale et cognitive, est une autre composante de la capacité d'action des acteurs individuels et collectifs. Elle ne se limite donc pas aux dimensions organisationnelles et institutionnelles telles qu'elles ont été définies ci-dessus, bien qu'elle leur soit intimement liée. C'est donc l'ensemble des normes sociales, croyances, connaissances, compétences, et aspirations ou valeurs, qui interviennent dans la construction des référentiels d'action d'acteurs collectifs et individuels. Elles se transmettent dans différents espaces de socialisation, dont l'espace professionnel auquel on peut accorder une attention particulière pour l'analyse des capacités d'innovations. Inversement la transformation de ces espaces sur des bases organisationnelles et institutionnelles appelle une évolution des fondement sociaux. L'apprentissage collectif, dans cette perspective traduit une évolution de la capacité d'action collective et individuelle sur la base d'une intégration de références qui deviennent communes à différents acteurs et permettent la reconstruction conventionnelle et organisationnelle et leur efficacité. Les dimensions spatiales et temporelles des processus d'innovation conduisent, enfin, à s'intéresser à l'analyse des trajectoires des différentes organisations et aux interactions entre les différents acteurs, dans leur construction et déconstruction. Elle implique également qu'un intérêt soit porté aux données institutionnelles et à leur modalités de transformation qui viennent agir sur les conditions de réalisation des processus d'innovation technologique. En retour il est également possible d'analyser la façon dont les processus d'innovation peuvent mettre en jeu des transformations institutionnelles. Enfin, ont peut considérer les référentiels sociaux/cognitifs en tant que repères de l'action, qui contribue aussi à les transformer, selon diverses médiations (communication, organisation, institutionnalisation). II. L'innovation technologique comme support de la production de connaissance en physique nucléaire et des particules Dans sa définition économique stricte, l'innovation technologique est une nouvelle combinaison de techniques et d'organisation pour résoudre des problèmes pour le développement de produits et de services permettant leur valorisation marchande. Dans une définition en terme de processus, le modèle de l'innovation en boucle (chain-link model) de Kline et Rosenberg met en évidence d'une façon non déterminée à priori, de nombreuses interactions possibles entre les différents espaces de production scientifique et technologique, de R&D, de fabrication, et de marketing qui vont favoriser le processus d'innovation. En particulier, il précisent l'existence de liens à double sens entre l'espace de production scientifique et l'industrie, qui développerait de nouveaux produits machines ou instruments pour supporter la recherche scientifique. L'objet d'étude retenu ici, pour affiner la compréhension de processus d'innovation, bien que proche de ce type de boucle entre science et industrie, ne se trouve pas complètement illustré dans le modèle. En effet, l 'analyse du secteur de la physique nucléaire et des particules, conduit avant tout à rappeler l'importance qu'a pris le développement de l'instrumentation pour la production de connaissances scientifique et à préciser que certaines innovations technologiques qui le soutiennent sont réalisées à l'intérieur d'un espace de R&D propre à l'espace de recherche scientifique public (dans le cadre d'un mode de régulation plutôt non marchand). Les acteurs de cet espaces sont cependant amenés, selon leurs objectifs de construction d'instruments, à coopérer avec les acteurs de la R&D industrielle pour la construction d'instruments qui restent souvent dans ce secteur, des prototypes. Dans le secteur de la physique nucléaire et des particules, l'importance de l'innovation technologique à l'intérieur de l'espace scientifique et dans le domaine de la R&D, nous invite à mieux préciser la nature des relations possibles entre l'industrie et la science dans la production de l'innovation technologique et à élargir la définition de l'innovation technologique elle même. En effet, dans le cas ou elle est produite pour la production scientifique selon un mode de régulation ou la recherche est essentiellement publique, l'innovation technologique est une façon de résoudre des problème pour la production de connaissances scientifique selon des directions paradigmatiques. Elle ne fait donc pas l'objet de valorisation marchande directe comme cela est le cas dans l'industrie ou les services privés. Si l'on s'intéresse au processus d'innovation technologique dans le sens strict, c'est à dire avec valorisation marchande, il apparaît alors nécessaire d'aborder la problématique de l'innovation à partir des notions de " valorisation " et " d'appropriation" des savoirs, des connaissances et des compétences supportées par la coordination et la coopération d'acteurs de la recherche scientifique, de l'industrie, et des services, autour de la création d'instruments. Pour comprendre les processus de valorisation ou d'appropriation, qui soutiennent l'innovation technologique, il est proposé de mobiliser la notion " d'espace professionnel " et de " proximité des savoirs et des compétences " comme dimensions principales de l'analyse (cf. schéma 1). On suppose donc qu'il
existe, à l'intérieur de l'espace de S&T, des espaces
professionnels socialement construit et plus ou moins fortement différenciés
ou cloisonnés selon des processus de socialisation, d'organisation
et d'institutionnalisation. C'est enfin sur la base de ces espaces et
en liaison avec ces processus, que prennent forment les paradigmes scientifiques
et technologiques (Gadille Lanciano, Iribarne,.1998) La valorisation d'instruments mis au point par la R&D dans l'espace scientifique et technique peut se réaliser dans l'industrie ou les services sans que préexistent des volontés explicites de coopération des acteurs de la R&D de l'espace scientifique et de l'espace industriel. Les découvertes et avancées technologiques peuvent faire l'objet d'une valorisation industrielle en terme d'innovation technologique qui apparaît alors comme un résultat non intentionnel. On peut parler dans ce cas de l'existence d'un espace de R&D à finalité purement cognitive, où la production scientifique correspond à des " biens " mis " gratuitement " à disposition. L'exemple ancien du développement d'application à partir de la découverte de rayons X par Röntgen en 1895, ou plus récemment de la conception de détecteurs de drogues à partir de la contribution majeure de Charpak (nobélisé en 1992) au développement de détecteurs électroniques (chambres à fils) permettant de multiplier la rapidité des prises de données, sont des illustrations de cette valorisation. Se rapprochant de ces premiers exemples en terme de valorisation et d'innovation technologique, on peut citer l'exemple du Service d'Etude et Réalisation Mécanique de l'Institut de Physique Nucléaire de Paris qui a valorisé des spectromètres de masse et des moyens de détection à travers la protection de l'Eurotunnel. On peut également citer les laboratoires qui gèrent des accélérateurs de physique nucléaire et offrent des temps d'utilisation de leur faisceau aux industriels souhaitant réaliser des expériences: dans le cas de GANIL (Grand accélerateur National d'ion Lourds à Caen) les deux principaux utilisateurs sont la société Matra pour simuler le rayonnement cosmique et estimer la tenue des composants électroniques embarqués sur les satellites, et la société Biopore, une PME qui produit industriellement des membranes microporeuses destinées à la microfiltration. Ces industriels sont néanmoins assistés par le Service des Applications Industrielles des Faisceaux qui étudie et réalise selon les impératifs industriels, des lignes d'irradiations spécifiques. On peut enfin citer le cas d'un déclassement pour la science physique, d'instruments qui connaissent une " deuxième vie " en étant utilisés pour des applications dans d'autres domaines qu'ils soient industriels ou de la santé, comme une machine d'Orsay utilisée pour les soins ophtalmiques en cancérologie. Ces exemples parmi
d'autres ne doivent pas masquer cependant, le fait que globalement, les
utilisations par les industriels des technologies développées
pour la physique nucléaire et corpusculaire, restent faibles malgré
de nombreuses possibilités d'expérimentation en R&D.
Se trouve alors posée la question des moyens qui favorisent le transfert ou la création des compétences d'usage de ces technologies, si on reconnaît l'existence d'un cloisonnement entre l'espace professionnel de la R&D pour la science et l'espace professionnel de la R&D pour l'industrie. Autres que la coopération directe, les moyens possibles reposent sur la mobilité professionnelle de personnels formés dans l'espace de R&D pour la science, ou le financement de thèses en particulier de jeunes docteurs-ingénieurs, réalisées sur des domaines connexes entre R&D pour la science et R&D industrielle. Mais au vue des études monographique, dans le secteur étudié ces moyens restent faibles. Tout au plus, on observe une évolution de la coordination autour des gros instruments, comme le montre l'exemple du Ganil et de son évolution technologique exigeant un renouvellement d'investissement public important. Dans l'objectif de justifier dans l'objectif de justifier le niveau élevé d'investissement, les scientifiques se sont tournés vers les industriels de la technolopole sur laquelle est située le Ganil qui utilisait déjà le faisceau. Ceux-ci, se sont vu sollicités dans le cadre de l'élaboration du cahier des charges pour la construction de la nouvelle machine en fonction des usages possibles qu'ils pourraient en faire. Il s'agit là plus d'un élargissement des objets de la coordination, qui intervient alors dans le processus de configuration de la machine et dans son utilisation, que de réelles coopérations visant la valorisation industrielle directe. Cette situation est également à mettre en relation avec le fait que, sauf exceptions sectorielles, l'espace R&D industrielle française n'est pas construit en retour sur des capacités professionnelles collectives d'entreprises à investir des domaines vierges, et dispose de capacités limitées à intégrer des premières avancées réalisées " à l'extérieur " à partir de l'espace de S&T (Lanciano, Maurice, Nohara et Silvestre, 1992). Associée à une représentation collective de la science comme bien public, lié au mode de régulation dominant en matière de recherche fondamentale (régulation non marchande) cette logique d'action ne s'avère guère favorable à un bouleversement des relations entre l'espace de R&D pour la science d'un côté et l'espace de R&D à finalité économique et industrielle de l'autre. C'est donc bien la
question de la façon dont s'articulent les deux espaces de S&T
et de R&D industrielle dans leur construction sociétale selon
les dimensions organisationnelles, institutionnelles et sociales qui doit
être posée pour comprendre l'évolution des relations
entre recherche et industrie. Au cur de la dynamique de cette articulation,
les caractéristiques des modalités de financement de projets
de recherche et de développement et d'investissement industriels
ainsi que les stratégies qui leur sont associées, ne doivent
pas négligés. IV. La coopération entre science et industrie pour la mise au point de prototypes : une valorisation problématique La collaboration recherche/industrie pour la mise au point de prototypes pour la production scientifique peut donner lieu à une valorisation de l'innovation technologique dans d'autres secteurs. Les acteurs de la recherche fondamentale apparaissent alors comme des donneurs d'ordre à des PME pour la fabrication d'instruments nécessaires dans le cadre de l'évolution du paradigme scientifique (exemple des détecteurs). Dans cette perspective, les services d'ingénierie et de recherche développement pour l'instrumentation travaillent de façon étroite avec les ingénieurs ou techniciens des PME pour la mise au point et le respect de cahiers des charges dont la réalisation exige la mobilisation de savoirs et de compétences très spécifiques essentiellement détenues par les acteurs de la recherche fondamentale. La réalisation des cahiers des charges implique donc des transferts de compétences ainsi que l'appropriation de savoirs en provenance de l'espace de R&D pour la science vers l'espace de R&D pour l'industrie. Certaines études de cas montre dans ce contexte que la coopération autour de la réalisation de prototypes ne s'est pas traduite en valorisation de l'innovation technologique dans l'espace industriel, alors même que des débouchées existaient sur le marché. C'est donc les formes d'organisation des relations entre la R&D industrielle ou artisanale et l'industrialisation qui pose problème, ainsi que les stratégies d'acteurs auxquelles renvoie ces formes d'organisation et de socialisation des acteurs (incitations à coopérer autour de nouveaux enjeux productifs). Il conviendrait alors, dans la perspective d'analyse de l'innovation selon le modèle en boucle, de mieux élucider la façon dont sont construites sur la base des espaces professionnels, les relations entre les fonctions de marketing, les fonctions de R&D, et les fonctions de fabrication à l'intérieur de l'espace industriel, pour mieux comprendre pourquoi des innovation technologiques réalisées pour la science ne sont pas valorisées dans l'industrie, alors qu'existent des potentialités de marchés. Lorsqu'il s'agit de PME la question posée est moins celle du cloisonnement possibles entre les différentes fonctions de l'entreprise qui serait peu favorable à l'innovation que celle de la construction de la stratégie de l'entreprise à partir de son système de contrainte et de ressources (financières et cognitives ou humaines). Le fruit des coopérations entre recherche et industrie en terme de mise au point de prototypes ou de nouvelles technologies pour l'instrumentation, peuvent aussi faire l'objet d'une codification dans des licences ou brevets qui intéressent l'une et l'autre. On retrouve ici la construction de l'activité de R&D telle qu'elle est entendue à travers la notion de " système de R&D ". On peut citer l'exemple de la collaboration des ingénieurs et techniciens avec l'industrie dans le domaine de la construction d'éléments d'accélérateurs ou de détecteurs (Branciard 1996). On peut noter dans cette seconde logique une évolution inversée entre la physique nucléaire et celle des particules. En physique nucléaire, les collaborations de sous-traitance industrielle dans le domaine de l'électronique, de l'acquisition de données, ou de techniques de mesure du temps à des échelles infimes se sont fortement réduites avec la disparition de la grande époque de la physique nucléaire et la transformation des technologies retenues pour les grands multidétecteurs comme EUROGAM, qui se sont révélés peu valorisables dans l'industrie (Branciard 1996). Par contre en physique des particules, la sous-traitance de la production de prototypes pour la science conduit à des collaborations avec l'industrie et des transferts de savoirs qui peuvent être appropriés et éventuellement valorisés pour d'autres applications. Néanmoins cette source de valorisation citée comme la plus importante par les acteurs de la recherche au CERN et dans les laboratoires de physique des particules ne fait vraiment pas l'objet de politique volontariste et de stratégie collective (Lanciano et Paraponaris 1996). Si en physique des particules au CERN, de nombreuses possibilités de valorisations industrielles sont évoquées (telles que les retombées technologiques liées aux accélérateurs intéressant des domaines comme la supra-conductivité, et la cryogénie, les sources d'ions l'ultra-vide, etc.) au delà du discours des acteurs, les valorisations marchandes directes sous forme de dépôt de brevet ou de vente de licence restent limitées. La principale raison de cet état des faits, outre celle invoquée plus haut, serait la faiblesse des incitations dans ce domaine qui conduirait les chercheurs et ingénieurs à hésiter à se lancer dans une opération laborieuse et coûteuse de dépôts de brevet, sans compter les difficultés d'accéder à des capitaux pour cela (Iribarne 1996). Le même raisonnement pourrait enfin être tenu pour la création d'entreprise en ajoutant l'aspect de risque de perte d'emploi en cas d'échec. V. La valorisation des technologies de la physique nucléaire et des particules dans d'autre secteur de la recherche scientifique Il existe une troisième forme de valorisation. Elle se distingue des deux précédantes dans la meure où elle est guidée par un changement dans la thématique de recherche, qui se déplace à partir de la discipline d'origine. Des chercheurs, des ingénieurs et des techniciens de physique nucléaire peuvent ainsi collaborer dans le cadre d'une équipe d'un laboratoire de physique nucléaire ou des particules avec une équipe d'un autre laboratoire relevant d'un autre secteur disciplinaire, pour la mise au point d'instruments, qui permettent des expérimentations dans cet autre champs disciplinaire. Cette ouverture disciplinaire et les collaborations par lesquelles elle se concrétise, coordonnées par l'instrumentation, peut permettre l'émergence de problématiques de recherche et d' innovations technologiques plus favorables à des applications industrielles et à la création de brevets, compte tenu des pratiques et préoccupations professionnelles des disciplines connexes (physique/biologie, physique/chimie). L'exemple le plus significatif mis en évidence par la recherche empirique est celui de la création en 1992 à l'IPN, d'une équipe " Interface Physique/biologie " qui est progressivement passée du statut d'un service de détection à un statut d'équipe de recherche interdisciplinaire où collaborent chercheurs, ingénieurs, techniciens et doctorants et dont l'activité est légitimée par une " Action Programme ". Cette équipe a développé des détecteurs à fibres optique scintillantes à haute résolution, dont les développements ont donner lieu à des dépôts de brevets pour trois types de détecteurs permettant respectivement de travailler sur la cartographie de gènes, le séquençage automatique de l'ADN et l'hybridation in situ. Les collaborations avec l'industrie ont également permis de développer une technologie d'analyse des prélèvements tissulaires en bloc opératoire pour la chirurgie en cancérologie, tandis que la poursuite des développements sur ces détecteurs ouvre des perspectives nouvelles de recherche (Branciard 1996). Cependant, dans ce
type de valorisation comme dans les précédents, les stratégies
des acteurs ne sont pas insérées dans une construction collective
associée à des modes de régulation de la recherche,
favorables aux rapports entre recherche et industrie. Elles correspondent
plus à des opportunités individuelles que les économistes
appellent des " second best choice". C'est ainsi que le cas
de l'équipe interface physique/biologie peut être rapprochée
de plusieurs faits. Le premier, correspond à la fermeture de l'accélérateur
" Alice " sur lequel travaillaient les équipes de l'IPN.
Cette fermeture symbolise la fin d'une période artisanale de la
recherche en physique nucléaire et le passage à un stade
de standardisation de la pratique de recherche autour d'un très
grand instrument, selon une direction paradigmatique de recherche dominante.
Ce tournant dans l'organisation de la recherche scientifique qui se rapproche
du modèle industriel, a pu inciter les personnels à préférer
une mobilité thématique plutôt que géographique
notamment vers le GANIL. Cette observation semble d'autant plus pertinente
qu'on ne retrouve pas une telle dynamique au GANIL alors que ce dernier
dispose des mêmes compétences professionnelles. Le second,
correspond au fait que cette mobilité des chercheurs associée
à une stratégie de dotation de l'équipe en doctorants
pour lui permettre de se constituer, ne s'est pas révélée
comme allant de soi. Elle est apparue comme une exigence bousculant les
normes traditionnelles d'évaluation disciplinaires des chercheurs
ainsi que d'allocation des ressources (Branciard 1996). Face à une telle situation, la direction de l'IN2P3 a semble-t-il joué un rôle important de médiation auprès du CNRS pour la stabilisation et la reconnaissance d'une telle équipe. De même l'IN2P3 semble avoir joué un rôle non négligeable dans l'infléchissement vers des problématiques de recherche " péri-nucléaire " liées aux développement des connaissances et des technologies pour le retraitement des déchets nucléaires. Mais, même avec une volonté de faire monter en puissance ce domaine, avec des programmes orientés vers la possibilité d'applications industrielles, un durcissement des contraintes de moyens du CNRS a conduit à une allocation de ressources financières et humaines qui est restée en faveur de la construction de nouveaux instruments ou de leur développement. Conclusion Dans son rôle de médiation entre la communauté scientifique de physique nucléaire et des particules et le CNRS - et plus largement le ministère de l'éducation nationale et de la recherche -, la direction de l'IN2P3 est amenée à développer des stratégies de compromis où la reproduction des champs disciplinaires est assortie d'une restructuration de l'espace de S&T et de son articulation avec la R&D. On en veut pour exemple, la conception de SPIRAL, où les aspects d'applications pluridisciplinaires et de valorisation industrielle ont été incorporés dès le départ. Cela a conduit à établir de nouvelles collaborations avec les utilisateurs potentiels de façon à définir une configuration technologique des instruments accélérateurs et détecteurs, adaptée à leurs besoins. Cependant les transformations de modalités de régulation et d'organisation de la production scientifique, au niveau de l'institut trouvent rapidement leurs limites. Les observations empiriques réalisées conduisent, dans le cadre de l'explication de ce phénomène d'inertie, à accorder une place importante à la " construction sociétale des professionnalités " tant dans l'espace éducatif que professionnel où interviennent d'autres niveaux régulatoires et institutionnels sur lesquels l'Institut dispose de peu de marge de manoeuvre. Tel est le cas pour les règles d'acquisition des diplômes, les règles de gestion des carrières, de rémunération, et d'évaluation des chercheurs et des ingénieurs concourant à la construction sociale de leur mobilité professionnelle. Plus précisément
trois espaces professionnels disjoints se construisent dans ce secteur :
celui des " Ingénieurs d'Ecole " en R&D industrielle,
celui des " Ingénieurs de la Recherche " dans l'espace
de S&T, et celui des " Chercheur Professionnels " toujours
dans l'espace de S&T. Inversement, on constate à partir d'études de terrain, la moindre difficulté qu'aurait le CEA à valoriser ses innovations technologiques à partir d'un plus grand recouvrement de ses espaces professionnels avec ceux de l'industrie, lié au positionnement institutionnel du centre, au statut de ses personnels (il n'y a pas de distinction entre un statut de chercheur et d'ingénieur, mais des métiers différents) et à un recrutement plus proche du profil Ingénieur d'Ecole. En même temps, on constate une attente institutionnelle et sociale importante vis à vis des compétences de l'IN2P3 pour assurer le développement de recherches fondamentales (dont l'expérimentation) qui se situeraient en amont du cycle nucléaire, et qui permettraient en particulier des avancées scientifiques et technologiques dans les activités de traitement et de stockage des déchets nucléaires. Bibliographie
ANNEXE TABLEAU 1 - INTERLOCUTEURS RENCONTRES DANS LES ENTREPRISES EN MECANIQUEET ELECTRICITE ELECTRONIQUE
TAILLE DENTREPRISES ENCADRANTS JEUNES RECRUTES Chef dentreprise Directeur technique Resp. de production Chef datelier Chef déquipe Resp. des études métho maintenance Resp. du personnel Resp. ou direct. des ress. hum. CAP/BEP BAC PRO BAC TECH BTS/DUT TOTAL 20-49 6 3 1 2 1 5 1 19 50-99 3 2 2 2 2 11 100-199 2 1 1 2 2 2 10 200-499 5 2 8 3 2 3 23 TOTAL 6 5 5 3 2 7 5 8 5 11 1 5 63 ENSEMBLE 28 13 22 63
Tableau 2a - CARACTERISTIQUES GENERALES DES ENTREPRISES ENQUETEES EN PLASTURGIE
DIVERS BI-ACT ESSAI-MOUL FAM-2 VISS-TECH MEDIC-AUTO - Effectif entreprise- Effectif groupe- Forme jurdique- Nombre dentreprise- Chiffre daffaires entreprise- Chiffre daffaires groupe- Code APE 2540holding311 500 000-252 G 2250S.A.340 000 000252 H 40350holding331 000 000-252 H 71SARL65 000 000252 H 72100holding351 000 000-252 H 90120holding365 000 000-252 H - Activité- Technologie- Réalisation outillage- Clients- Produits propres- Sous-traitance bobines, flasques canettes, jouets pièces techniques injection intégrée/groupe textiles jouets alimentaire aéronotique50 % (divers)50 % (rang 2 et 3) pièces coust-elec électro mécanique pneumatique flaconnage équipements sportifs injection concepteur automobile const-électrique sports cosmétique-100 % (rang 2) centre technique dessai moule pré-séries petites séries injection intégrée/groupe moulistes gros donneurs dordre auto (80 %), plasturgie, loisirs50 % (essais/services)50 % (rang 1 et 2) pièces bi-matières pièces avec injection gaz injection- automobile téléphonie électricité plasturgie-100 % (rang 2 et 3) visserie pièces techniques diverses injection intégrée/groupe auto const-élect sports50 %50 % pièces daspect pièces techniques surmoulage dinsert montage sous-ensemble injection conception automobile sports const-électrique informatique/bureautique médical-100 % (rang 2 et 3) - Certification- Evolution effectifs- Exportation ISO 9 002 en préparation rachat dautres société2 % ISO 9 002 (1994)10 % ISO 9 002 (1997)Filiale mouliste ISO 9 002 (1991)®5 % [20 % indirect] ISO 9 002 (1994) croissance propre + rachat8 % ISO 9 002 (1994)Ä croissance propre + rachat15 %
Tableau 2b - CARACTERISTIQUES GENERALES DES ENTREPRISES ENQUETEES EN PLASTURGIE
MOD-TECH PLASTI-MONT IMPRESS TRES TECH PLASTIBAT PLASTICAR - Effectif entreprise- Effectif groupe- Forme jurdique- Nombre dentreprise- Chiffre daffaires entreprise- Chiffre daffaires groupe- Code APE 110Äholding65 000 000-252 H 100266holding7 + 1 joint venture-235 000 000252 H 175Groupe (Britanique)----- 175230--100 000 000-252 H 20230S.A.1 + 3 Ag commerciales-180 000 000252 H 262» 500S.A.1 + 3 Ag commerciales125 000 000-252 H - Activité- Technologie- Réalisation outillage- Clients- Produits propres- Sous-traitance talons pièces techniques divers injection intégrée mode automobile électro-ménager para médical loisirs50 %50 % fabrication montage injection intégrée groupe auto 67 % élect 21 % loisirt 6 % divers 6 %-100 % (rang 2) fabrication et imression sac publicitaires impression plastique- pharmacie petits commerces grande distribution80 %20 % montage sur-moulage injection intégrée automobile électro-mécanique (connectique)-100 % (rang 2) articles sanitaires injection intégré groupe grandes surfaces bâtiment grossistes bâtiment industriels100 %- pièces de carrosserie mobilier urbain injection basse pression prestataire uniqueconst. automobile-100 % (rang 1) - Certification- Evolution effectifs- Exportation ISO 9 002 (1993) croissance propre + rachat- 3 AQ (1987) ISO 9 002 propre + rachat17 % + usine -®15 % ISO 9 002 (1994)valéo 1 000 5 % ISO 9 002 en préparation20 % (42 pages) ISO 9 002 (1989)ISO 9 001 (1995) 01.97 - 05.97 07.9750 %
TABLEAU 3 a - CARACTERISTIQUES GENERALESDES ENTREPRISES ENQUÊTÉES EN MECANIQUE ET ELECTRICITE ELECTRONIQUE
I - MOULISTES II - MECANIQUE DE PRECISION III - MECANIQUE GENERALE 1 2 3 4 1 2 3 4 5 1 2 - Type dentreprise Familiale Groupe français Familiale Familiale Familiale Familiale Groupe européen Groupe européen Groupe français (familial) Sous-traitant Groupe français - Effectif 20 32 34 290 31 57 85 89 313 20 227 - Evolution effectif ä à ä ä à ä à à ää ä à - CA (en millions) 6,8 millions 16 millions 18 millions 350 millions 36 millions 220 millions 6,8 millions - Evolution C.A. ä ä ä ä ää - ä ää ää - - Produits Moules petits et moyens Moules petits et moyens Gros moules Bras blocs opératoires Moules conectiques + pièces divers Engrenages Tarauds Forets VérinsHydrauliques Pièces diverses OutillageSerrage main - Marché Clients IAA, Plast. AutomobileTéléphonieElectro-méca Automobile Automobile MédicalImprimerie AutomobileAéronautiqueArmementPlasturgie AutomobilePoids AutomobileAéronautique EquipementIndust.Levage AutomobileAéronautique Industriels Géographie Local France, Allemagne France Allemagne Europe + USA National Europe + USA Nat. + Italie + Japon Europe Régional Europe Afrique - Export 0 <10 % <10 % 70 % 0 - 30 % 5 % 20 % 0 % 30 % - Certification - ISO 9001(1994) ISO 9002(1997) ISO 9001(1994) ISO 9001 (97)EN 46001 ISO 9002(1998) ISO 9002 (94)EAQFQS 9000 ISO 9002 (1996) ISO 9001(1997) ISO 9002 Þ fin 1999 ISO 9002(1996) - Technologies UsinageConv.C.N.Electro-eroAjustage UsinageConvent.CNElectro-érosionAjustageMontage UsinageConvent.CNElectro-érosionAjustageMontage UsinageConvent.CNElectro-érosionPolissageMontage UsinageElectro-érosionSoudage UsinageConvent.CNElectro-érosionRectifiagePerçageMontage UsinageConvent.CNTaillageCNRectifiageconvCNTraitement thermique AjustageRectifiageAffutageAjustageTraitement thermique UsinageRectifiagePolissageChromagePeinture UsinageConv.CN ForgeUsinage CNTrait. thermiqueGalvano-plastie - Séries Unitaire Unitaire Unitaire Unitaire Petits/moyen Unit./petites Petites/moyennes Unit/moyen Moyen/ grandes Petites/ moyen Moyen/ grandes - Structure demploi+ Pers. Industriel Com. Achats Ing. et Cadres Tech. + AM OQ OS+ Ensemble Pers. Adm. 12,550,034,4-3,1 5,932,458,8-2,9 12,835,541,42,47,9 19,36,567,7-6,5 3,519,377,2-- 2,911,875,0-10,3 11,919,056,03,69,5 1,919,264,29,35,4 5,324,729,520,320,3 TOTAL 20 32 34 290 31 57 85 89 313 20 227 TABLEAU 3 b - CARACTERISTIQUES GENERALESDES ENTREPRISES ENQUÊTÉES EN MECANIQUE ET ELECTRICITE ELECTRONIQUE
IV - EQUIPEMENTIER V - EQUIPEMENT INDUSTRIEL VI FABRICATION DE MATERIEL ELECTRIQUE AUTOMOBILE CONCEPTION ET FABRICATION INSTALLATION 1 2 1 2 3 4 5 6 1 2 3 4 - Type dentreprise Groupe anglais Groupe allemand Familiale Familiale Sous-traitant* Sous-traitant + conception Familiale +ass. ensembles Familiale Groupe français Groupe franco-américain Groupe franco-américain Groupe anglais Groupe germano suédois - Effectif 200* 428* 46 - 20 34 212 130 47 104** 252** 393* - Evolution effectif ä ì à ä ää à à ää à à - CA (en millions) 190 - 29 105 10 30 145 97 15,2 34 380 - Evolution C.A. ä - à ä ä à ä ää - Produits Tringlerie boîtes vitesse Motorisation Equipement industrie de process Equipement industrie séquentielle Armoires commande élect. Armoires commande élect. Ingénierie Ingénierie indust + téléphonie Equipement électrique Alimen-tation Conver-tisseurs standards adaptés Aliment. onduleurs spécifiques App. déclair. standards et spéci-fiques Contac-teurs - Marché Clients Européen Camions Chimie IAA Pharmacie AutomobileIAA Fab. déquip. i,ndustriels Industrie collect. locale Chimie, IAA automobile ensembliers Energie + collect. locales Industriel - - - - Géographie Européen + USA Mondial National Européen Régional National Mondial Mondial Régional Europe + USA Europe + USA Mondial Mondial - Export - - 8 % - - 20/30 % 30 % - Certification ISO 9001 (97)EAQF (A)QS 9000 ISO 9001Ä 99 - ISO 9002 Ä 99 ISO 9001 Ä 99 ISO 9001 Ä 98 ISO 9001 (94) ISO 9001 (94) ISO 9001 (94) - Technologies Usinage CNPresse DécoupeEmboutis-sagePlasturgie Usinage CNMontage Chaudronerie Elect Techn. Automa-tiseurs MécaniqueElectro.Automat.Informatique . Cablage. Montage. Install. . Cablage. Montage. Install Electro-technique Automati.Informa-tique Electro-technique Automa-tismeInforma-tique courants faibles Electrotechnique Automatisme Cartes BolinagesAssemb. Cartes BolinagesAssemblage Contac-teurs - Séries Très grandes Grandes Unitaires Unit./petites Unit Unit./petites Unit./petites Unitaire Unitaire Gdes/très grandes Moyens/grandes Grandes séries Très gdes séries - Structure demploi+ Pers. Indust. Commercial Achats Ing. et Cadres Tech. + AM OQ OS+ Ensemble Pers. Administratif 2,819,968,77,21,4 26,14,367,4-2,2 5,720,966,7-6,7 8,826,555,92,95,9 38,237,712,70,510,8 2070--10 10,636,240,44,38,5 20,216,4-46,117,3 4,89,519,857,97,9 14,317,815,337,914,7 TOTAL 200 428 46 105 20 34 210 130 104 252 * + intérim
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